Nous le gravirons plus tard. Mes pieds sont pleins d’ampoules, et mes chaussures de déchirures. On voie
mes orteils, et il fait froid dans mes chaussures. Le sommet est beau vu d’ici. Et là haut, nous ne verrons que ces plates plaines de brebis, d’herbes folles. D’ours… Peut être y verrons-nous la
mer. Peut être ! Pour l’instant, allonge-toi dans l’herbe, dans mes bras. Pour l’instant j’ai peur. Ça ira, ça ira plus tard. Je t’aime.»
Il a parlé vite. Sans reprendre son souffle. Je lui ai dit que le sommet n’était qu’à vingt minutes de marche. Mais je lui ai dit que je comprenais et je me suis allongé dans l’herbe, dans ses
bras. Ils étaient chaud, c’était bon, nous avons dormi. Nous avons rêvé et, il me semble, du même sommet caché dans les nuages. J’aurais voulu monter encore, mais ça n’était qu’un rêve court, de
ces rêves qui vous mettent simplement l’eau à la bouche, avant de vous réveiller tout nu au milieu d’un champ de maïs que, jamais non jamais vous n’aviez visité.
« C’est beau. C’est magnifique quand tu me prends la main. »
Ses mots étaient plus lents. Il scrutait l’horizon vertigineux d’une mer qui, sans doute, ne portait pas encore de nom…